lundi 29 décembre 2008

YOUR HETEROSEXUAL VIOLENCE (groupe punk anglais des années 80 — que sont-ils devenus ?)

[Je recase ici une entrée de mon autre blog, et tant pis si ça sent le réchauffé — ça a davantage sa place dans ce blog-ci].

Lu hier un volume du Journal de Fabrice Neaud. Il y avait longtemps que je tournais autour. Il s'agit du Tome III, déjà épuisé mais dégotté dans une nouvelle librairie d'occasion du quartier.



Ne reste plus qu'à lire les autres puis à attendre qu'il en sorte de nouveaux — quatre sont déjà parus et il aurait par devers lui de la matière pour aller jusqu'au onzième.

Le Tome III est très sombre (vie d'un intello précaire homo en province au début des années 90, amours malheureuses, RMI, interdiction bancaire, brouilles avec des amis, agressions homophobes à répétition) mais d'autant plus tonique qu'il se clot sur une révolte salutaire et des analyse très fines du fonctionnement quotidien de l'homophobie ordinaire.

Un extrait d'une série d'entretiens par courriel accordés par Fabrice Neaud au site
BD Sélection fin 2002 :


* * *
Vincent : Vous avez un discours sur l’homosexualité très particulier, enfin disons peu diffusé. Vous dites ne pas être de la gaytitude et que c’est dur à porter de ne pas être un homo joyeux, qui cherche les aventures courtes... Considérez-vous que vous avez un message à faire passer sur l’homosexualité ?

Fabrice Neaud : Pour répondre plus brièvement à la seconde partie de votre question, je n’ai rien contre la gaytitude en soi. Au contraire. Je trouve même qu’elle est une réponse politique nécessaire et forte contre l’homophobie et la dictature du régime hétérosexuel dominant. Mais je ne l’envisage bien que comme une politique extérieure. Après, pour bien vivre dans la grande nation gay, je ne crois pas que le régime diplomatique de la gaytitude - version Marais, par exemple - soit une bonne solution. On se retrouve dans la même situation dramatique que chez les hétérosexuels, très bien décrite dans les romans de Houellebecq, comme Extension du domaine de la lutte : les plus beaux et les plus forts raflent tout, selon une logique libérale consumériste implacable, et les autres font tapisserie.

Ensuite, je ne crois pas que l’art ait pour but de faire "passer des messages", mais de construire une pensée singulière. Si j’obtiens un discours singulier, j’estime avoir partiellement réussi mon coup.

De toute façon, je n’ai aucun message à faire passer sur l’homosexualité. Il faut cesser de croire qu’il y a des choses à dire sur l’homosexualité. Il y a des choses à dire sur l’homophobie, désormais, et sur l’hétérosexualité. Je trouve l’hétérosexualité très intéressante quand elle cesse de se placer en position pré-copernicienne de supériorité épistémologique (je veux dire que l’hétérosexuel est toujours celui qui " surplombe ". C’est lui qui nomme, lui qui décide, lui qui définit ce qu’est, n’est pas, doit penser, doit faire ou ne pas faire l’homosexuel).

Ce qu’il faut dire, c’est que l’hétérosexualité n’est pas normale. Elle n’est pas centrale non plus. Elle est majoritaire, point ! Et étant majoritaire, elle se croit normale, c’est-à-dire, surtout, normative. C’est d’ailleurs son principal défaut. Ce n’est pas le tronc de la sexualité de laquelle jailliraient des sexualités annexes dont l’homosexualité ferait partie (je crois même que l’hétérosexualité est le degré zéro de la sexualité quand elle ne procède pas d’un questionnement). Les homosexuels, eux, sont obligés de se poser des questions et de se positionner. Normal, "pédé" est une insulte avant même que le "pédé" en question se rende compte qu’il l’est. L’hétérosexualité est une sexualité négative, elle se définit par ce qu’elle n’est pas : "T’es pas pédé, au moins ? On ne te voit jamais avec une fille !…".

Moi, c’est sur cette définition négative de l’hétérosexualité que je m’interroge, et surtout sur l’hétérosexualité masculine. Mais attention ! Quand je dis "hétérosexualité", je ne parle pas de la "pratique sexuelle" mais du régime normatif qu’elle induit.

Beaucoup de questions sont posées aux homosexuels. Mais qu’un homosexuel interroge l’hétérosexualité et là, il n’y a plus personne ! Nous voyons bien de quel côté se situent les interrogations et donc l’interrogatoire. Votre question même n’échappe pas au piège… Nous voyons bien que c’est l’hétérosexualité qui se place d’emblée en position de supériorité épistémologique. C’est elle qui pose les questions ! Mais c’est elle qui apporte également les réponses ! Ecoutez-la, et écoutez les hétérosexuels "tolérants". Ils ont toujours un truc à dire sur les gays et sur l’homosexualité. Ils tolèrent, ils apportent leur "bienveillante neutralité", mais dès qu’il s’agit de parler du Pacs ou de l’homoparentalité, les propos deviennent plus évasifs ou, au contraire, font clairement entendre les bémols de leur partition. Beaucoup d’hétérosexuels tolèrent ou sont neutres vis-à-vis des gays, mais concernant les gay-pride, les voici résolument contre ! Ce peut aussi être l’adoption qui les chatouille, ou la visibilité du Marais, ou la techno, ou, que sais-je encore… Mais il y a toujours un truc qui ne passe pas. A un moment donné, les gays en font ou en demandent toujours un peu trop. C’est d’ailleurs là que se situent les limites de la tolérance, son seuil, justement.

A la tolérance, il y a toujours des bornes et ces bornes, ce sont celles qui quadrillent le territoire hétérosexuel, son pré carré et les prérogatives ou avantages qu’elle ne veut pas remettre en cause. On ne peut questionner l’homosexualité sans déborder sur le territoire hétéro : les frontières sont poreuses. Mais remettre en question l’hétérosexualité et ce qui était jusqu’à aujourd’hui sa propriété (la parentalité, les droits de succession, l’ "ordre symbolique", etc.), pas question !

Moi, j’aimerais savoir : l’hétérosexualité, quand est-ce que ça vous a pris ? Vous en avez parlé à vos parents ? Et au travail, ça pose un problème ? Comment la vivez-vous ? Poser ces questions, c’est induire que les fondements de l’hétérosexualité ne sont peut-être pas aussi stables que les hétérosexuels voudraient bien le croire. Mais c’est surtout remettre en question sa souveraineté, en particulier sur les processus de production du sens. C’est remettre en question l’hétérosexuel (et surtout le mâle hétéro) comme seul sujet pensant qui regarde le reste de la création comme un objet d’étude.

L’hétérosexuel, quand il questionne un gay, à tendance à se placer d’emblée comme une incarnation unique du cogito cartésien. C’est, comme je le disais plus haut, bien lui qui tient la lampe de l’interrogatoire. C’est lui qui "pose les questions". Sitôt qu’on remet en cause sa souveraineté, il prend peur et son hétérosexualité révèle son vrai visage : celui d’une dictature, une dictature du langage, une dictature du sens.

L’hétérosexualité, en fait, n’est pas une sexualité, c’est un "régime politique".

Le mot est de Monique Wittig. Qu’on ne vienne pas dire que ce n’est qu’un problème de "tolérance". Ce n’est pas ce pauvre sentiment qui résoudra le problème.

La tolérance s’assortit toujours d’un "mais" et d’un seuil : ce qu’on accepte "en attendant", car on n’a pas encore "étudié la question", qu’on garde son "quant-à-soi", mais surtout ce qu’on accepte indifféremment faute de pouvoir techniquement s’y opposer...

Dans cette "indifférence"-là, il y a la substance toujours en germe d’un possible désaccord, voire d’un possible déni d’existence ou de reconnaissance d’un droit. La tolérance, dans le terme même, induit bien qui la décide et donc de quel côté se place la norme. Seulement, donc, si la tolérance consiste à laisser filer ce qu’on ne peut empêcher, une sorte de renoncement, à défaut même d’un poliss(ç)age, je ne vois pas où réside le progrès intellectuel qu’elle suppose. Je ne vois pas en quoi ce concept mérite autant d’éloges. Je ne vois même pas quelle supériorité la ferait triompher de la simple politesse, beaucoup plus opérante, à mon sens, pour la paix sociale et celle des ménages.

Vincent : Vous ne supportez pas la “tolérance” car c’est quelque chose de mou, de fade et parfois au contraire vous semblez la réclamer lorsque vous êtes confronté à l’intolérance...

Fabrice Neaud : Je ne réclame pas la tolérance. A aucun moment. Jamais. Et confronté à l’intolérance, je ne crois pas qu’il faille opposer la tolérance, justement.

L’intolérance est une chose violente et forte. A cette violence, il faut opposer quelque chose d’au moins aussi violent et d’aussi fort. Et la tolérance en question est loin d’avoir cette force, puisque dans sa définition même, elle prétend à une bienveillante neutralité. Contre l’intolérance (mais dans le cas qui nous préoccupe, nous dirons l’homophobie), il faut opposer des interdits, des lois, des droits et des devoirs, mais surtout des ACTES et les actes présupposent de quitter cette "bienveillante neutralité". C’est un travail collectif, c’est un devoir démocratique qui exige des prises de position radicales.

La tolérance ne propose rien de tel. Elle n’est qu’un petit exercice du quotidien consistant juste à s’abstenir de dire "je n’aime pas les pédés" ou à se forcer de penser "chacun fait ce qu’il veut de son cul" (ou tout autre scie bien-pensante). Mais lorsqu’il y a réel danger, lorsque des lois empêchent les homosexuels d’être des citoyens à part entière, lorsque des homophobes actifs viennent nous insulter, nous frapper ou nous tuer, que fait la tolérance ? Rien. Elle se contente, et ceux qui l’adoptent avec, de trouver cela malheureux et de sortir son mouchoir, quand elle (ils) n’a (n’ont) pas le culot de dire "mais faites quelque chose !". Faire quelque chose, c’est AGIR collectivement. Si seuls les gays défendent les gays, les Noirs défendant les Noirs et les Juifs les Juifs, où est la démocratie ? Il ne s’agit donc pas de les "tolérer", mais de les défendre et de se battre avec et pour eux.

Tolérance et intolérance sont les deux faces d’une même pièce, celle d’une monnaie de singe.

Je crois qu’il n’y a rien de plus contraire à l’exercice de la citoyenneté que la tolérance. Un gay n’est pas là pour être toléré, il est là pour être défendu quant il est victime d’homophobie. Et l’homophobie ne commence pas avec les insultes et les coups, mais bien avant. Quand un citoyen se réclame de la tolérance, nous pouvons être assurés que sa citoyenneté à l’égard de ce point de la démocratie qu’est la défense des droits gays (c’est-à-dire les mêmes que ceux de tous les autres citoyens) ne relève aucunement d’un devoir actif, mais d’une passivité voire d’une indifférence. Cette indifférence s‘applique donc également vis-à-vis de l’homophobie, cas très fréquent, mais dont les malades atteints de cette atrophie d’empathie démocratique se cachent avec soin. C’est d’ailleurs à leur intention, sans doute, et par elles-mêmes, que fut inventée la catégorie précieuse, et secourable entre toutes, de la tolérance. (Je paraphrase ici Renaud Camus, dans Le Département de l’Hérault, qui parle ainsi de "la catégorie de l’intéressant", secourable " entre toute " quant à l’appréciation des œuvres d’art.)

* * *
Pour compléter la citation de Monique Wittig, on peut ajouter que l'homosexualité n'est pas une catégorie psychologique mais sociologique (avec certes les corollaires psychologiques, ou psychosociaux, que cela comporte). L'ensemble du propos de Fabrice Neaud est remarquable, même s'il est moins novateur aujourd'hui depuis l'émergence des queer studies en France.

Pour lire le reste de l'entretien :

1ère partie

2ème partie


[A l'occasion je compléterai avec un peu plus de recul ces impressions à chaud. J'aime beaucoup la manière dont Neaud élabore une réflexion politique à partir de son expérience intime. En revanche, il y a toute un impensé de cet intime, notamment dans les mobiles de son attachement à Dominique dans le Tome III. En gros, Neaud est attiré par cet homme précisément parce qu'il le sait ou le sent hétérosexuel et donc inaccessible. Il y a là une posture inconsciemment masochiste, qui n'est jamais interrogée.]

¡ SALSA SÍ !

Ai découvert avec étonnement (en fait, plutôt avec émotion) l'existence du projet "Diversité sexuelle" du centre national cubain d'éducation sexuelle, Cenesex, qui fonctionne sous la houlette de Mariela Castro, la fille de Raúl, qui est sexologue et spécialiste des trans (ah, les Cubaines siliconées !). Moi qui croyais qu'ils mettaient toujours les homos en taule, je dois avoir quelques trains de retard.

Bémol : un bref coup d'œil sur Google rappelle que la situation actuelle en matière de droits LGBT à Cuba est pour le moins contradictoire. Sans parler des tours de vis contre les associations LGBT, la prise en charge par l'état des opérations de sex reassignment peut-être une forme déguisée sinon d'homophobie officielle, du moins de tranvestophobie : on veut bien que vous portiez les vêtements qui ne correspondent pas à vos gonades de naissance, mais il faudra elles aussi les laisser au vestiaire — c'est exactement ce qui se passe en Iran, pays qui a je crois le nombre de transsexuels par habitants le plus élevé de la planète (les lecteurs du blog, s'il y en a, seraient sympa de vérifier, j'ai la flemme).

Dernier détail : un coup d'œil sur le site de petites annonces de rencontres offert par l'État cubain sur le site du Cenesex (même si c'est une manière de fliquer les bi et les homos ? mais j'en doute, les gouvernants cubains ont sans doute d'autres chats à fouetter actuellement : avec le cours du pétrole qui s'effondre, ce n'est plus Chávez qui va les renflouer) m'a bouleversé, y compris par la banalité des textes des annonces. Sans sentimentalisme (les Cubains ont tout de même la réputation d'être de chauds lapins) mais sans étalage salace non plus (on dit aussi que
les Cubains sont des charmeurs, pas des stakhanovistes du sexe), il y est question surtout d'amitié et de communication, sur un mode assez innocent qui rappelle les offres de correspondants scolaires de mon adolescence. On est loin de l'hyperconsommation sexuelle dépersonnalisée (ou, écueil symétrique, de la niaiserie sentimentale) qui est souvent la règle des sites de rencontre gays dans les pays occidentaux.

dimanche 9 novembre 2008

DEVIATION #2

Première entrée donc. Au fait, soyez prévenus, c'est anecdotique et ça risque de le rester — il s'agit peut-être d'élaborer, de manière volontairement fragmentaire, une théorie de l'anecdotique.

Ce matin, en me promenant dans les rues fort animées de Canet-en-Roussillon pour un dimanche de novembre (mais il y a marché, ceci expliquant cela, sans parler de la douceur du temps propice à la promenade), je croise entre autres badauds un couple dont le monsieur a un look assez classique d'homo quinqua en 2008 : combat trousers vaguement arty, un sweat à coutures apparentes aux poignets sans côtes, un second sweat sur les épaules, de couleur contrastée par rapport au premier (rouge sur noir ou l'inverse), le tout sur un petit bedon, chaussé de gros croquenots pseudo-militaires pleins de boucles ou de lacets, et chauve avec le crâne rasé et une micro barbiche poivre et sel tellement bien taillée qu'on la dirait sculptée à la pince à épiler. C'est sans doute la boule à zéro qui m'a mis sur la voie, ainsi que le look d'ensemble : un poil trop jeune pour son âge, et une telle panoplie d'accessoires virils que l'ensemble signifiant se dénonçait par son excès même. Bref, ce qu'on appelle un look homo un tantinet pétasse, autant dire coiffeuse de province. Mais comme il était accompagné d'une amie, sans doute sa compagne, ma première réaction et demie, amusée, a été : "Tiens, ça se vérifie encore une fois : les hétéros piquent leurs looks aux homos avec cinq ou dix ans de décalage" — et encore, les médias, la démocratisation et la mondialisation aidant, le décalage tend à se réduire à six mois de nos jours.

(A ce propos, quelqu'un se souvient-il du nom de cette émission de télé-réalité, britannique je crois, où des homos relookent un hétéro bon teint ? Queer Eye for the Straight Guy ? J'ai dû la regarder une fois, c'est assez marrant.)

J'en étais là de mes cogitations et me retourne pour contempler une dernière fois le monsieur d'un œil évidemment strictement scientifique (non mais vraiment, c'était pas du tout mon type…) quand je le vois me rendre mon regard par une œillade par en-dessous qui fout en l'air toutes mes hypothèses sociologiques précédentes : ce n'était peut-être pas un hétéro déguisé en homo déguisé en militaire de carrière en permission mais "simplement" un homo. Et encore, si c'était si simple. Relire à ce propos un chapitre vertigineux de Don Quichotte de Kathy Acker, intitulé sobrement "Heterosexuality", où la narratrice et un mec, tous deux hétéros, baisent en étant tous les deux travestis.

Deuxième anecdote : vu une expo de Manuel Boix.

http://www.manuelboix.com/

Ça ne dit certainement rien à personne mais c'est un excellentissime graphiste catalan, pardon, valencian, d'une soixantaine d'années. S'il y avait une justice en ce bas monde, il serait mondialement célèbre comme Milton Glaser, à qui son travail fait furieusement penser. C'est très 70 voire 60 et en même temps il a su évoluer avec grâce, sans rester prisonnier de tics baba cool ni chercher à se moderniser à tout prix. Et surtout, il témoigne d'une maîtrise graphique et d'une variété dans la cohérence assez étonnantes. Ce n'est pas de l'art au sens fort mais de l'art appliqué, et du très grand. Il se trouve que, sans connaître le nom de Manuel Boix, j'avais eu il y a 25 ans une immense affiche de lui, que j'avais fini par donner à une amie à l'occasion d'un déménagement (mais il se peut que ma mémoire joue des tours : j'en avais peut-être deux exemplaires, un pour moi, que j'ai peut-être encore, roulé dans un tube dans un coin, et un pour elle, que j'ai revu chez elle il y a une dizaine d'années — et comme elle a déménagé deux fois entre temps, il se peut que ladite affiche ait atterri à la poubelle — le frangin de ladite amie étant sur la liste de diffusion de ce blog, il pourra confirmer, s'il a la curiosité d'aller voir un peu sur le site de Boix). Bref, tout cela m'a ramené très loin en arrière, alors que j'étais arrivé un peu par hasard au Couvent des Minimes de Perpignan, drôle de lieu d'expo et véritable dédale de galeries et de salles.

Là où cette anecdote prend sa pertinence dans ce blog-ci, c'est que j'ai l'intime conviction que MB était homo, et je me suis rendu compte rétrospectivement que je le savais déjà sans le savoir il y a un quart de siècle — ladite affiche représentait un couple d'adolescents (une fille et un garçon) nus et dansant. Avez-vous déjà eu cette intuition, en voyant un film, en lisant un roman ou en voyant une œuvre graphique, que l'auteur était homo, alors même que la thématique n'était pas particulièrement pertinente ? Ce qui laisse entendre que ladite intuition relèverait plutôt du style. A ce propos, en cherchant d'autres blogs intitulés "standard deviation" tout à l'heure, j'en trouve un anglophone dont l'auteur(e), qui a un prénom androgyne en anglais (Robin), est à mon avis une femme (sachant que ledit ou ladite auteur(e) vit avec une femme, mais c'est encore une autre histoire). Breft, ça voudrait dire que le style d'une production signifiante serait marqué par le genre et/ou l'orientation sexuelle de son auteur(e)… Vaste débat. J'ai déjà eu, en voyant des courts métrages (expérimentaux, donc pas spécialement narratifs) de Mathias Müller, la conviction qu'il était homo — ce qui a été confirmé ultérieurement par la thématique d'un autre de ses courts, plus narratif, ainsi que par ses propos lors d'une table ronde.

Enfin, troisième anecdote de la journée : une fois revenu à Canet, dont les rues se sont vidées en soirée, je vois de loin dans la rue une silhouette (blouson en cuir et jean clair, sans doute beige) et je suis sûr que ce gars est homo. Serait-ce parce que je suis en manque que mon gaydar est particulièrement sensible aux signaux subliminaux ?

Au-delà des anecdotes : dans l'interaction sociale, je me rends compte que je consacre beaucoup d'énergie sémiologique à observer le comportement des inconnus afin de déterminer s'ils sont ou non homos. Le fait que je m'interroge autant est sans doute typique d'une génération et d'origines socio-culturelles où l'orientation sexuelle restait (et reste parfois encore aujourd'hui) codée, dont quelque chose qui appelle le décodage par tout un travail maniaque d'interprétation. Ce qui est à la fois un gâchis phénoménal d'énergie psychique, et en même temps affine la perception des conduites d'autrui. De fait, l'habitude aidant, cette tendance m'apparaît comme une disposition mentale plus enrichissante que l'inverse — mais qu'est-ce que l'inverse, ou qu'est-ce que ça pourrait être ?

DEVIATION #1

Proposition de départ : un nouveau blog sur tout ce qui est queeralia. Vos réactions ? Et l'idée de faire un blog dédié est-elle justifiée ? (cf. Doris Lessing, The Golden Notebook)